Lettre pastorale du Saint-Synode de l’Église orthodoxe roumaine pour le dimanche de l’Orthodoxie de l’an de grâce du Seigneur 2018


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 Lettre pastorale du Saint-Synode

de l’Église orthodoxe roumaine

pour le dimanche de lOrthodoxie de lan de grâce du Seigneur 2018

 

À lordre vénérable des moines, au révérend clergé

et aux bien-aimés fidèles du Patriarcat roumain :

grâce, joie et paix de la part de Dieu Père, Fils et saint Esprit

et bénédiction paternelle de notre part !

 

 

Révérends et très révérends Pères,

Bien-aimés fidèles,

 

         Le premier dimanche du jeûne des saintes Pâques est consacré à la victoire de la foi chrétienne orthodoxe sur les hérésies. Les saints Pères réunis dans les conciles œcuméniques du IVème au VIIIème siècles ont établi l’enseignement véritable en ce qui concerne la divinité du Fils et du saint Esprit, ainsi que la juste vénération des saintes icônes. Instituée par le concile de Constantinople du 11 mars 843, cette célébration fut consacrée à la victoire de la vraie foi sur ceux qui luttaient contre la vénération des icônes, de la sainte Croix et des saintes reliques : elle fut en même temps la fête de la victoire de la vraie foi sur toutes les hérésies et en général les enseignements erronés.

Le Dimanche de l’Orthodoxie rappelle donc la victoire des Orthodoxes contre les hérétiques, scellée par le rétablissement de la vénération des saintes icônes. La décision d’appeler le premier dimanche du jeûne des saintes Pâques Dimanche de l’Orthodoxie fut prise en 843, au concile de Constantinople : mais elle fut préparée par le VIIème concile œcuménique de Nicée en 787, quand les saints Pères proclamèrent la vénération des saintes icônes en tant que manifestation de la vraie foi.

Moins connu est le fait que cette fête du Dimanche de l’Orthodoxie se superposa à l’ancienne commémoration des prophètes Moïse, Aaron et Samuel, attestée depuis un siècle, à l’époque du patriarche Germain de Constantinople (+ 740). Le grand Carême était autrefois plein de commémorations bibliques : la 2ème semaine, on faisait mémoire du juste Noé, la 4ème du sacrifice d’Isaac et, la 5ème semaine, du patriarche Isaac lui-même. La célébration des prophètes convenait à la première semaine du grand carême et à l’atmosphère vétéro testamentaire des lectures faites dans les offices. Cette célébration des saints prophètes ne fut pas supprimée, et resta liée à la fête du Dimanche de l’Orthodoxie. Ceci se justifie par le fait que les prophètes ont anticipé et annoncé l’incarnation du Verbe qu’attestent précisément les saintes icônes. À cet égard, l’office de vêpres du Dimanche de l’Orthodoxie dit que « la grâce de la vérité a resplendi : ce qui jadis était obscurément préfiguré s’accomplit maintenant au grand jour ; voici que l’Église revêt comme un céleste ornement l’image corporelle du Christ, que la tente du témoignage avait préfigurée » (dernière strophe du lucernaire).

Saint Jean Damascène montre déjà, dans son Traité sur les icônes, l’analogie des saintes icônes aux visions des prophètes. Ces derniers reçurent les saintes visions, non de leurs yeux corporels, mais des yeux spirituels de l’âme, de même que les apôtres virent la gloire du Christ sur le mont Thabor : les visions des prohètes faisaient connaître, non la nature de Dieu, mais son action. Ces visions étaient des « images » anticipées de ce qui devait être révélé pleinement par l’incarnation du Verbe éternel de Dieu. Dans la Loi renouvelée, les visions des prophètes de l’ancien Testament furent ainsi remplacées par les saintes icônes, qui ont leur fondement théologique authentique dans l’incarnation du Fils de Dieu, puisque le Christ est l’image – l’icône – du Dieu invisible (Colossiens 1, 15).

Puisque les visions des prophètes étaient les préfigurations de l’incarnation du Christ, qui est « l’icône naturelle du Père » (saint Jean Damascène, Contre ceux qui rejettent la vénération des icônes, III, 18), les prophètes peuvent être célébrés en même que l’on fête les saintes icônes, c’est-à-dire le pemier dimanche du grand Carême, dit Macaire de Simono-Petra dans son bel ouvrage sur le Triode (Mystagogie du grand Carême ; essai de théologie du temps liturgique, Apostolia, 2018).

Par cette double célébration des prophètes et des saintes icônes, le Dimanche de l’Orthodoxie nous révèle une action miraculeuse de Dieu dans l’histoire du Salut. Car, quoique personne n’ait vu la face de Dieu jusqu’à l’incarnation du Fils, c’est-à-dire jusqu’à l’assomption par Celui-ci de la nature humaine, les prophètes ont pourtant annoncé cette vision quand ils voyaient spirituellement, par anticipation, avant l’heure, l’image du Dieu fait chair, Jésus Christ. Le Verbe éternel, le Fils de Dieu, attendait la « plénitude du temps » (Galates 4, 4) pour se manifester comme Sauveur du monde : ses élus, les prophètes, reçurent cette révélation comme les arrhes de la connaissance afin de mantenir dans le Peuple la foi vigilante en la venue du Messie –Christ.

        L’icône est une fenêtre vers l’Absolu (Michel Quenot) ; elle nous révèle le monde transfiguré, c’est-à-dire le monde de ceux qui communient à la gloire de la grâce divine. Elle nous révèle en même temps le contenu de cette transfiguration, c’est-à-dire la sainteté. La présentation des saints dans les icônes confirmela foi de l’Église dans l’incarnation du Verbe de Dieu, comme en témoigne le saint évangéliste Jean quand il écrit : « le Verbe s’est fait chair et Il a habité parmi nous, et nous avons vu sa gloire, gloire qu’Il tient du Père, en tant que Fils unique engendré, plein de grâce et de vérité » (Jean 1, 14). Et dans sa première épître universelle, le même saint apôtre témoigne : « ce qui était au principe, ce que nous avons entendu, ce que nous avons vu  de nos yeux, ce que nous avons contemplé et que nos mains ont palpé du Verbe de Vie - car la Vie s’est manifestée, et nous avons vu et nous rendons témoignage et nous vous annonçons la vie éternelle, qui était tournée vers le Père et s’est manifestée à nous – nous vous l’annonçons, à vous aussi, afin que vous aussi vous soyez en communion avec nous. Et notre communion est avec le Père et avec son Fils Jésus Christ (1 Jean 1, 1-3).

         De même, saint Jean Damascène nous fortifie dans la vérité et la légitimité de la représentation de Dieu en icône quand il dit : « Je peins le Dieu invisible, non en tant qu’invisible, mais en tant qu’Il est celui qui s’est fait visible pour nous en participant à la chair et au sang. Je ne peins pas la divinité invisible ; je peins le corpsvisible de Dieu » (La vénération des icônes.Trois traités contre les iconoclastes).

         Certes, l’icône est fondée, non seulement sur l’incarnation du Fils de Dieu, mais également sur sa résurrection. Sans la résurrection du Christ, l’icône aurait été, non la représentation de la vie céleste transfigurée, mais seulement un tableau commémoratif. L’icône nous présente le Fils de Dieu, qui a pris un corps humain, a traversé avec lui la mort et la résurrection. Dans les saintes icônes nous contemplons l’image du Christ auréolé, c’est-à-dire illuminé de la gloire de la Résurrection ; nous voyons également l’image de la Mère de Dieu et l’image des saints, tous illuminés de la même gloire incréée du Royaume des cieux, exprimée par le nimbe de lumière qui entoure leur tête. Dans les saintes icônes nous découvrons l’image humaine restaurée, renouvelée et sanctifiée, illuminée par la gloire du Royaume de Dieu, comme un appel à acquérir la même ressemblance de Dieu, par le resplendissement de l’image et de la gloire de Dieu que l’on voit sur le visage des saints.

En liaison étroite avec ceci, nous lisons dans la sainte Écriture que l’homme fut créé par Dieu d’après son image (cf. Genèse 1, 27). A la différence du Fils de Dieu, qui est de même nature que le Père, Adam pouvait acquérir la ressemblance à Dieu par grâce, dans l’obéissance permanente à Dieu et l’accomplissement de sa volonté. Or, en voulant se réaliser comme Dieu, mais sans Dieu, Adam a perdu l’image de lumière : il est tombé dans la désobéissance et s’est séparé de Dieu, la Source de vie, se dégradant ainsi jusqu’à la mort, spirituelle et corporelle (cf. Romains 6, 23). Aussi, sur le visage d’Adam désobéissant à Dieu, la lumière divine donnée par Dieu quand Il le créa ne brillait-elle plus.

Quand il regarde l’image du Christ dans l’icône, c’est-à-dire l’Adam renouvelé, qui s’est humilié et s’est fait obéissant à Dieu jusqu’à la mort (cf. Philippiens 2, 8), chaque homme ressent l’appel à renouveler sa propre image, c’est-à-dire à refléter par la vie et des œuvres de bien l’amour et la lumière du Christ. En regardant l’image du Christ et l’image des saints dans les icônes, nous découvrons la possibilité de recevoir nous aussi la grâce des saints du Christ et de la mettre en oeuvre, par la prière et l’amour compatissant, par la comunion avec Dieu et ses saints vécue dans l’Église.

Bien aimés fils et filles spirituels,

Une telle compréhension des saintes icônes nous aide à considérer avec espérance et joie le mystère de notre vie et de celle du prochain. Les saintes icônes confient à notre responsabilité la valeur de la personne humaine, de notre personne, et de celle du prochain. Le Christ et les saints nous regardent par l’icône et nous exhortent à avoir un regard pur, sincère et bienveillant. Ce regard pur, il convient que nous le tournions vers notre prochain qui porte l’image ou le sceau de l’image de Dieu,  chaque homme étant une personne unique et qu’on ne peut répéter, pleine de mystère, une créature dont la vocation est de vivre éternellement dans l’amour du Dieu éternel. Cette image de Dieu en l’homme peut être obscurcie par les péchés, les passions égoïstes, par le manque d’amour humble et compatissant. Mais cette image peut retrouver son resplendissement par la prière et le repentir, dans la participation à la vie liturgique de l’Eglise, par la communion aux saints mystères, et par la culture de l’amour fraternel pour tous, témoignages du Christ Sauveur et Médecin.

Chaque chrétien peut avoir part à l’œuvre spirituelle de restauration et de sanctification de sa propre image et de celle de son prochain, selon l’image lumineuse du Christ et de ses saints. Chacun d’entre nous peut devenir le Samaritain miséricordieux qui aide à se relever celui qui est tombé dans la souffrance et le conduit sur la voie de la guérison spirituelle et corporelle. N’oublions pas que les Pères de l’Église voient dans le bon Samaritain de la parabole (Luc 10, 25-37) le Sauveur Jésus Christ lui-même, venu nous tirer de la maladie, du péché et de la mort. Aussi chacun d’entre nous peut-il suivre le Christ et devenir le prochain de celui qui se trouve dans la souffrance. Cette action s’origine dans la parole bonne et forte en foi et en espérance ; elle se continue par l’aide apportée au prochain et par l’offrande matérielle nécessaire à l’œuvre philanthropique ou caritative et sociale de l’Église. Il convient à l’œuvre liturgique de l’Église à laquelle nous participons d’être prolongée par des programmes d’assistance sociale et philanthropique, par la construction des lieux de culte et des établissements ecclésiastiques, comme : des cantines pour les pauvres, des foyers pour les enfants, des logements pour les vieillards, des unités médicales pour les malades – et d’autres semblables fondations.

Chers Frères et Soeurs en Dieu,

Comme vous le savez, l’Église orthodoxe roumaine a commencé et développé,  ces dernières années, plusieurs projets de ce type. Il  existe déjà de nombreux établissements d’assistance sociale fondés et soutenus par l’Église, grâce à l’allocation de sommes importantes d’argent, et par de significatifs travaux d’entretien. Afin de poursuivre ces projets et en commencer d’autres, il est devenu une tradition, le Dimanche de l’Orthodoxie, d’organiser dans toutes les églises du Patriarcat roumain, une collecte pour soutenir le Fonds Missionnaire Central de notre Église.

Aussi vous invitons-nous à offrir suivant vos possibilités l’aide nécessaire à l’oeuvre de l’Eglise dans la société. Le Christ Lui-même nous exhorte : « soyez miséricordieux, comme votre Père est miséricordieux » (Luc 6, 36). La miséricorde à l’égard de ceux qui se trouvent dans le besoin nous assimile à Dieu lui-même et nous aide à donner une réponse sincère à Dieu (cf. Matthieu 25). Quant à l’apôtre Paul, il met au nombre des fruits de l’Esprit saint les œuvres de bien, par laquelle se manifeste la foi (Galates 5, 22-23). Par cela, saint Paul veut nous démontrer que la présence du saint Esprit dans notre vie a des signes visibles pour ceux qui nous entourent.

           Les vertus que nos semblables peuvent observer chez nous de façon directe sont: l’amour, la joie, la  paix, la patience, la bonté, les œuvres de bien, la foi. Ainsi, les œuvres de bien accomplies pour ceux qui souffrent ou qui ont besoin de notre aide ne constituent pas seulement un comportement habituel de solidarité humaine. Elles sont le signe de la présence de l’Esprit dans notre vie ; elles sont la preuve que nous sommes des chrétiens qui rendent visible l’action de Dieu dans le monde. Par les œuvres de bien nous offrons aux autres, non seulement une aide matérielle, mais le témoignage même de l’œuvre de l’Esprit, qui rend fructueux dans le monde, dans la vie des hommes, l’amour humble et compatissant de Dieu.

 

En espérant que notre appel paternel vous fortifiera dans la foi et la vocation à l’œuvre de bien au service du prochain, nous prions Dieu de vous bénir de la richesse de ses dons et de vous aider dans la montée spirituelle du jeûne des saintes Pâques. Précisément, l’année du Centenaire de la Grande Union (1918-2018) est l’occasion bienvenue de témoigner dans le monde  notre unité de foi et notre unité nationale. Elle peut être l’occasion de renforcer la communion fraternelle de tous les Roumains dans l’accomplissement de cette œuvre philanthropique en faveur des pauvres et des souffrants, de ceux qui sont tristes et abandonnés.

 

Que la grâce de notre Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu et la communion du saint Esprit soient avec vous tous ! (2 Corinthiens 13, 13)

Le président du Saint-Synode de l’Eglise orthodoxe roumaine, Sa Béatitude le patriarche Daniel, et tous les évêques de l’Église roumaine.

23 Février 2018

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