LETTRE PASTORALE POUR LA RÉSURRECTION DU SEIGNEUR 2018


LETTRE PASTORALE POUR LA RÉSURRECTION DU SEIGNEUR 2018

Sans la Croix, point de Résurrection !

 

 

« Celui qui a connu le mystère de la croix et du tombeau, a connu les raisons des figures et des créatures. Mais celui qui a été initié à la puissance ineffable de la Résurrection a connu le but dans lequel, au commencement Dieu a constitué toutes choses »[1]

 

 

Très-Révérends et Révérends Pères,

Révérendes Mères,

Frères et Sœurs bien-aimés,

 

Le Christ est ressuscité !

 

Le mystère de la Passion, de la Souffrance et de la Crucifixion de notre Seigneur Jésus Christ, nous ne le pouvons vivre et comprendre que dans le mystère de Sa mort sur la Croix, puis dans celui de Son relèvement du tombeau, c’est-à-dire de Sa Résurrection d’entre les morts.

L’offrande que le Seigneur Jésus Christ nous apporte par sa Résurrection des morts est ineffable. Elle relève, non de cette vie éphémère, mais de ce qui est éternel et incorruptible, intemporel et céleste : c’est pour cela que nous recevons le Seigneur en plein cœur de la nuit, les mains pleines de lumière et le cœur disposé à L’accueillir, les portes de notre âme grand ouvertes, sachant bien qu’Il a vaincu les ténèbres les plus redoutées par l’homme : la mort !

Pour devenir participants à Son œuvre, nous Le recevons par le jeûne et la prière, sachant que c’est par ses Souffrances et sa Passion que nous sont parvenus la miséricorde d’En-Haut et l’amour du Père céleste.

Nous Le recevons, assoiffés de vie, impuissants que nous sommes à nous réconcilier avec la mort, qui est également devenue pour nous le plus lourd fardeau. Ce fardeau, le Seigneur est venu Lui-même le soulever de nos épaules : Il est venu mourir de notre mort et ouvrir pour Lui-même la porte de notre âme, ce qui fit dire au Bienheureux Augustin : « Tu nous as faits pour Toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos tant qu’il ne demeure en Toi »[2].

Crucifiés par nos passions et notre péché, par nos asservissements, nous L’attendons et Le recevons, comme Il nous en conjure : Venez à Moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et Je vous soulagerai [3], sachant bien que personne ni rien de ce monde ne peut nous en décharger, sinon Lui seul, le Ressuscité. Comme se dissipe la fumée, comme fond la cire en face du feu [4], c’est ainsi que depuis la nuit de la Résurrection jusqu’à présent, face à sa Croix et son Tombeau vide, périssent également en nous les péchés et passions que nous Lui révélons et que nous déposons à ses pieds.

Nous Le recevons désespérés, car la mort ne semble pas nous laisser hors de ses filets, ni nous ni nos enfants ni ceux qui nous sont chers, mais voilà qu’aujourd’hui, elle est contrainte de relâcher sa proie la plus convoitée : notre vie !

Nous Le recevons l’âme enténébrée, presque aveuglés par ce péché que nous chérissons tant, bien qu’il nous aveugle, mais que Lui pulvérise en un instant sur la Croix, tout comme celui du larron repentant crucifié à sa droite. En un mot, le Crucifié nous ouvre les portes de sa miséricorde dispensatrice de lumière, nous arrachant aux ténèbres. « Maintenant tout est empli de lumière, le ciel, la terre et les enfers »[5].

Nous Le recevons et L’attendons chargés des soucis du monde qui se sont accumulés dans nos cœurs, et que Lui nous demande de déposer aux pieds de sa Croix, puis à chaque célébration de la Divine Liturgie : « déposons tous les soucis du monde », abandonnons-les à ses soins, Il les portera tous avec nous.

Nous Le recevons imprégnés de doutes quant à ce que nous sommes et à ce que nous devenons dans ce monde où nous vivons. Quant à Lui, Il nous charge de Le recevoir, de nous approcher de Lui et de nous abandonner à sa volonté : osons, car, dit-Il, J’ai vaincu le monde[6].

Nous Le recevons accablés de souffrances qui font croître en nous la peur de la mort et de la solitude, mais celles-ci également, Il les prend sur ses épaules avec la Croix. Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi M’as-Tu abandonné ? [7] Depuis ce cri qu’Il a laissé retentir sur la Croix, il n’existe plus de solitude pour celui qui L’appelle par son Nom, comme Lui-même, face à la mort, appela le Père, qu’Il a rapproché de nous pour l’éternité, nous qui de fait L’avions abandonné. Le Verbe incarné, humainement, a parcouru avec nous le chemin de la solitude face au mal et à la mort qu’Il n’avait pas créés[8].

 

Frères et sœurs bien-aimés,

Nous attendons et recevons le Christ Crucifié et Ressuscité, imbus de nous-mêmes, sans même voir notre prochain qui gît dans l’oubli. Or le Seigneur nous ouvre yeux et oreilles afin de voir et entendre notre prochain comme notre frère. « On disait alors d’un esclave qu’il est aprosôpos, “sans visage”. Et voici que “le plus beau des fils des hommes” n’est plus que cet esclave torturé qu’on voit d’autant moins qu’on le torture, qu’on torture d’autant plus qu’on le voit moins. Ainsi s’est-Il iden­tifié, pour quelle mystérieuse consolation, et surtout pour nous appeler à les voir, à tous les “sans-visage” du monde, ceux qu’on frappe pour voler leur âme, ceux qu’on contraint à d’épuisants travaux, ceux qu’on désire sans les aimer »[9]. Car J’étais affamé et vous M’avez donné à manger ; J’étais assoiffé et vous M’avez donné à boire ; étranger et vous M’avez accueilli ; nu et vous M’avez revêtu ; malade et M’avez rendu visite ; prisonnier et vous êtes venu vers Moi… En vérité, Je vous le dis, toutes les fois que vous avez fait cela à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à Moi que vous l’avez fait [10].

Nous recevons le Christ, l’esprit imprégné de ce monde soumis à la mort, tandis que Lui l’élève vers la beauté qu’Il y a cachée par la création, qui de plus se reflète – si nous ne les détruisons pas de notre propre liberté – dans toutes les créatures qui nous entourent : le ciel, la terre, le soleil et la lune, les étoiles et les nuages, les oiseaux et les animaux sauvages, les insectes et toutes les espèces d’eau douce et de la mer, toutes créatures surpassées cependant par la beauté de l’homme, créé à Son image et à Sa ressemblance.

Nous L’attendons et Le recevons, les yeux pétris du jugement que nous portons sur notre prochain à qui nous imputons toute la faute de ce monde. Or le Christ Seigneur, en se chargeant de notre faute, nous amène à voir la vérité et à nous charger nous aussi du fardeau de notre prochain, à porter ses fautes comme si c’était les nôtres, à Son exemple. « Si le Christ a daigné prendre le visage de chaque pauvre et s’Il s’est Lui-même assimilé à tout pauvre, c’est dans ce but : c’est pour que nul parmi ceux qui croient en Lui ne s’élève au-dessus de son frère et que chacun, considérant son frère et son prochain comme son Dieu, s’estime inférieur par rapport à son frère comme par rapport à Dieu qui l’a fait, et qu’ainsi il l’accueille comme Lui, l’honore et épuise toutes ses ressources pour son service comme le Christ notre Dieu a versé tout son sang pour notre salut »[11].

Nous L’attendons et Le recevons ensevelis dans nos pensées, incertitudes et craintes. Lui nous relève et nous ressuscite par son amour et sa confiance en l’homme, en nous : Il nous étreint amoureusement contre Son sein, comme une mère qui enserre son enfant nouveau-né, lui procurant toute la chaleur qui peut le maintenir en vie, avec la confiance que peut-être en lui croîtra également l’amour, bien que, en dehors des bras de ses parents, tout ne soit pour lui qu’hostilité.

Pourtant, frères et sœurs bien-aimés, nous Le recevons en même temps foisonnants d’espoir. À notre tour, à la suite des Apôtres à qui le Seigneur avait demandé pourquoi ils ne L’avaient pas quitté – comme beaucoup d’autres de son entourage le firent, égarés qu’ils étaient de L’avoir entendu promettre comme nourriture et breuvage pour la vie éternelle son Corps et son Sang –, nous disons : Seigneur, auprès de qui nous en irons-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Et nous avons cru, et nous avons connu que Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant[12].

Nous L’attendons et Le recevons avec amour, notre étroit amour humain, éprouvé et blessé par tous les échecs que nous rencontrons dans notre vie, mais qui grandit dans l’amour de la Mère de Dieu qui, également en notre nom, reçut en son sein le Fils de Dieu qui par elle se fit homme. Par l’amour maternel de la Mère de Dieu, notre amour à nous grandit également ; aussi nous remplissons-nous, à sa suite, de l’amour du Christ ressuscité. Comment le Christ-Dieu en tant qu’homme aurait-Il pu grandir sans l’amour humain de sa Mère ? Comment pourrions-nous grandir, nous les hommes, dans l’éternité, sans l’amour divin du Dieu-Homme qui par ses Souffrances et sa Croix et par la force de son amour a vaincu pour nous la mort et nous a inondés de lumière ?

 

Fidèles bien-aimés,

Je prie le Christ-Seigneur qui nous a relevés, nous a fait passer de la mort à la vie en nous confiant que ce n’est pas la Croix que nous devrions redouter – car sans la Croix, point de Résurrection –, de conduire vos pas sur les sentiers de la vie en vue de toute œuvre bonne et de vous bénir !

 

Le Christ est ressuscité !

 

Votre intercesseur en vue de tout bien,

 

† Le Métropolite Joseph

Paris, Pâque 2018

 



[1] Saint Maxime le Confesseur, Centuries sur la Théologie, 1, 66, PG 91, 1152.

[2] PL 32, 662.

[3] Mt 11, 28.

[4] Ps 67, 3.

[5] Canon pascal, 3e ode.

[6] Jn 16, 33.

[7] Mt 27, 46 et Mc 15, 34.

[8] Cf. Olivier Clément, Christ est ressuscité, Desclée de Brouwer, Paris 2000, pp. 39-40.

[9] Ibid. p. 40.

[10] Mt 25, 34-40.

[11] Saint Syméon le Nouveau Théologien, Chapitres théologiques, gnostiques et pratiques, 3, 96, Cerf, SC no 51 bis, Paris, 1996, p. 111.

[12] Jn 6, 68-69.

6 Avril 2018

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