Lettre pastorale du Saint-Synode de l’Église Orthodoxe Roumaine pour le Dimanche de l’Orthodoxie 2019


Lettre pastorale du Saint-Synode de l’Église Orthodoxe Roumaine

Pour le Dimanche de l’Orthodoxie 2019

A la sainte communauté monastique, au révérend clergé 

et aux bien-aimés fidèles du Patriarcat roumain

Grâce, joie et paix du Père, du Fils et du saint Esprit,

et paternelle bénédiction de notre part!

Révérends serviteurs du saint Autel,

Bien-aimés frères et sœurs dans le Seigneur,

Nous nous trouvons dans une période liturgique de profonde et merveilleuse beauté spirituelle. C’est le temps du grand Carême, pendant lequel nous nous efforçons, chacun selon ses possibilités, de retrouver ce que nous avons perdu en acceptant le péché dans notre vie. Il s’agit de l’état paradisiaque, état de grâce et de pureté du cœur, acquis en plénitude et de façon réelle dans le sacrement du saint Baptême, et actualisé de façon permanente par les autres sacrements de l’Église orthodoxe.

L’enjeu profond du grand Carême consiste dans un voyage ascétique de quarante jours, dans une renoncement radicalement au péché par le sacrement de la Confession et par la communion la plus fréquente possible au Corps et au Sang du Seigneur Jésus Christ crucifié et ressuscité, Vainqueur du péché, de l’enfer et de la mort, qui nous donne en partage la lumière sans crépuscule et la vie éternelle.

Après une semaine de jeûne et de prière intense, l’Église  nous offre l’occasion bénie de méditer sur la signification que comporte le dimanche de ce jour, appelé Dimanche de l’Orthodoxie. C’est le dimanche dans lequel nous sommes appelés à prendre conscience, avec humilité et dignité, de l’unité et de l’actualité de notre foi.

Être Orthodoxe signifie, non seulement appartenir formellement à une institution religieuse, mais surtout un mode de vie incorporé dans la tradition dogmatique, liturgique et philanthropique de l’Église orthodoxe. Cela signifie la vraie foi, le vrai mode de vie et le vrai comportement. L’Orthodoxie est cette beauté dont parle un des plus importants théologiens du 20ème siècle dans les termes suivants: „Oui, il existe une beauté particulière, spirituelle, qui échappe aux formules logiques et se trouve être simultanément la seule voie véritable qui nous permette de définir ce qui est et ce qui n’est pas orthodoxe. Ceux qui connaissent cette beauté sont nos pères spirituels, maîtres dans ‚l’art des arts’, l’ascèse, ainsi nommée par les saints Pères. Ceux-ci, pour ainsi dire, ‚ont atteint la dextérité’ en ce qui concerne le discernement de la valeur de la vie spirituelle. Le goût orthodoxe, la forme orthodoxe se perçoivent, sans pouvoir pour autant être mesurés par l’arithmétique; l’Orthodoxie se manifeste, elle ne se prouve pas. Aussi, pour qui veut comprendre l’Orthodoxie, il n’existe qu’une seule voie: l’expérience orthodoxe directe” (1 Paul Florenski, Colonne et Fondement de l’Orthodoxie).

L’Orthodoxie est le „sel de la terre” (Matt. 5, 13), dont nous parle le Seigneur Jésus Christ dans l’Évangile. Elle est la plénitude de la vérité et de l’intégrité de la vie de l’homme. L’Orthodoxie est, en même temps, la vraie foi et le vrai mode de  vie. Elle est la vie du Christ, présente et active dans la vie du chrétien orthodoxe pratiquant (cf. Gal. 2, 20; Col. 3, 3). Ce mode de vie dans l’esprit du Christ se voit surtout dans la vie des saints.

Bien-aimés enfants spirituels,

Cette beauté et cette vérité de la foi et de la sainteté de la vie chrétienne est célébrée en ce dimanche. La genèse de cette fête a hérité de la lutte dogmatique et spirituelle de plus d’un siècle (726-843) entre ceux qui vénéraient les saintes icônes et ceux, appelés iconoclastes, qui dénigraient et méprisaient les saintes icônes.

Avec l’empereur Léon III l’Isaurien (717-741), l’iconoclasme est devenu la politique religieuse officielle de la cour impériale de Constantinople, ce qui détermina la réaction apologétique très rapide et élaborée de saint Jean Damascène ( 675-749). Celui-ci rédigea Trois traités contre les iconoclastes, montrant que la réalité et la signification de l’icône sont fondées sur la vérité dogmatique de l’incarnation du Fils éternel de Dieu. Ainsi, saint Jean Damascène affirme que l’icône est l’image qui représente la nature humaine visible du Fils de Dieu invisible:

 „Jadis, dit-il, Dieu, incorporel et sans forme, n’était pas du tout représenté. Mais maintenant, du fait que ‚Dieu s’est montré dans la chair’, je réalise l’icône du visage visible de Dieu. Je n’adore pas la matière, et j’adore le Créateur de la matière, le Créateur qui s’est fait pour moi matière et a choisi d’habiter dans la matière et a accompli par la matière mon salut. Je ne cesserai pas d’honorer la matière par laquelle s’est accompli mon salut (...)Nous ne méprisons pas la matière car elle est digne d’honneur” (2).

Le VIIème concile œcuménique de septembre et octobre 787 a mis fin à une longue série de persécutions et d’exils pour ceux qui vénéraient les icônes. Les artisans de ce moment de restauration de la vénération des icônes furent l’impératrice Irène et le patriarche Taraise de Constantinople. Sur la base de la tradition biblique et patristique, il fut établi par ce concile que, de même que l’on vénère la sainte Croix, on doit également vénérer les saintes Icônes: „de même que l’image de la sainte et vivifiante Croix, les saintes et vénérables icônes doivent être honorées, qu’elles soient de couleur ou en mosaïque ou de quelque autre matériau approprié, dans les saintes églises de Dieu, sur les vases sacrés, sur les vêtements sacrés, sur les murs, sur le bois, dans les maisons et le long des routes: sont concernées l’icône de notre Seigneur Dieu et Sauveur Jésus Christ, celle de notre très pure Souveraine, la sainte Mère de Dieu, des saints anges, de tous les saints et de tous les justes” (3).

La tranquillité des vénérateurs des saintes icônes ne dura pas longtemps, car elle fut troublée dès le couronnement de l’empereur iconoclaste Léon l’Arménien, qui régna de 813 à 820. La résistance théologique aux iconoclastes à cette époque fut assumée par saint Théodore Studite (759-826), qui exprima le fondement christologique de la vénération des icônes en des mots simples: „Nous savons que le Fils de Dieu, devenant homme véritable, fut en tout semblable à nous. Or, puisque l’homme peut être représenté, cela signifie que le Christ également peut être représenté. Ainsi l’icône peinte est pour nous lumière sainte, mémoire pour nous qui le voyons naître, être baptisé, accomplir des miracles, être crucifié, être enseveli, ressusciter et monter aux cieux, sans douter que cela fut ainsi; la vue coopère ici à la contemplation de l’esprit et les deux soutiennent la foi dans le mystère du salut” (4).

La victoire définitive de la vénération des saintes icônes fut établie après trente années environ de persécution et de dénigrement de ce fait par les iconoclastes. Ainsi, le premier dimanche du grand Carême, le 11 mars 843, l’impératrice Théodora et Méthode, le patriarche de Constantinople nouvellement élu (843-847), soutenus par le peuple orthodoxe, à la suite d’une réunion théologique au sujet de la vénération des icônes, quelques jours auparavant, s’avancèrent ensemble en procession triomphale depuis l’église des Blachernes jusqu’à la cathédrale Sainte-Sophie, en proclamant de façon officielle et définitive le culte des saintes icônes. Aussi, depuis 843, le premier dimanche du grand Carême est devenu pour l’Église orthodoxe tout entière la fête de la victoire de la foi orthodoxe sur toutes les hérésies, et l’on prononce de façon solennelle, sur le parvis de la cathédrale Sainte-Sophie, à l’issue de la divine liturgie, le Synodicon de l’Orthodoxie, qui contient des acclamations à l’adresse des défenseurs de la vraie foi, et des anathèmes à l’adresse des hérétiques.

Chrétiens orthodoxes,

Le Dimanche de l’Orthodoxie nous révèle une vérité essentielle pour notre vie chrétienne: Dieu le Fils devient homme par un parfait amour à notre égard, et Il assume notre nature avec tous ses traits spécifiques, sans le péché. Ainsi, le Christ, comme le dit saint Maxime le Confesseur, „se donne lui-même à nous, les hommes, comme sceau de la vertu et comme icône vivante de la bienveillance et de l’amour pour lui et entre nous, afin de tous nous convaincre de lui répondre de la même façon” (5). Donc, l’humanisation du Fils éternel de Dieu a comme but l’union de l’homme à Dieu pour gagner la vie éternelle. Ainsi, comme le saint Évangile lui-même, l’icône nous révèle l’amour de Dieu pour tous les hommes. En ce sens, saint Jean Damascène dit : ”Ce qu’est un livre pour ceux qui connaissent les livres, l’icône l’est pour ceux qui ignorent les livres. Et ce qu’est une parole pour l’oreille, l’icône l’est pour la vue, car avec l’aide de notre esprit, nous nous unissons à l’icône” (6).

Le saint apôtre Paul appelle le Christ „image du Dieu invisible” (Col. 1, 15) pour nous qui avons été créés ”à l’image et pour la ressemblance de Dieu” (Gen. 1, 26), c’est-à-dire à l’image de notre prototype, le Christ. Il est l’icône du Dieu invisible, et nous sommes spirituellement configurés à cette Icône, c’est-à-dire à l’image du Christ.

En ce sens, saint Théodore Studite précise que la vénération de l’icône du Christ s’adresse à la Personne du Christ, et non à la matière de son icône: „l’icône du Christ n’est autre que le Christ, en dehors de la différence évidente de substance, comme on l’a déjà montré souvent. Pour cette raison sa vénération est la vénération du Christ, puisqu’elle s’adresse, non à un élément matériel de l’icône, mais seulement au Christ montré ressemblant en elle. Or ceux qui ont une ressemblance exclusive reçoivent également un honneur exclusif” (7).

Puisque nous, les hommes, nous sommes créés à l’image du Christ, il faut, en tout ce que nous faisons, que nous soyons associés à notre prototype, c’est-à-dire que nous soyons attentifs à l’Évangile du Christ et au mode de vie du Christ; que  nous accomplissions les commandements d’amour du Christ et que nous communions à son Corps et à son Sang. Ce n’est qu’ainsi que nous devenons des icônes vivantes et saintes de Dieu.

C’est regrettable, mais nous ne réussissons pas toujours à respecter notre prochain en tant que, lui aussi, „à l’image de Dieu”, c’est-à-dire icône vivante du Christ. Pourquoi? – parce que nous sommes prisonniers, sans aucun sens critique, de la civilisation du visuel artificiel, où l’image est censée représenter la vérité. Nous pouvons constater très facilement que nous vivons à l’ère de la vidéocratie, quand „la parole est détrônée par l’image” (8). Plus nous sommes aujourd’hui envahis par une foule d’images passagères, fugitives, plus s’appauvrit le contenu de la communication, de la communion entre les hommes. Tout devient image du matériel limité et éphémère, c’est-à-dire que nous „nous informons en voyant”, sans plus réaliser que „les images peuvent tromper davantage que les mots” et que „pour l’homme spectateur (et pas seulement) l’invisible n’existe pas” (9). Pour cette raison, une image personnelle, une photographie de soi devient pour moi une idole: je la poste sur tous les réseaux sociaux, j’attends avec impatience qu’elle soit davantage répandue et davantage appréciée, ce qui coïncide avec le fait de m’affirmer au milieu des autres. Je poste tout un nombre de photographies, donc j’existe. L’important est d’être vu des autres, non d’être regardé de façon personnelle par les yeux d’autrui. Ici naît l’idolâtrie (10): il me plaît d’être adulé, apprécié en fonction des images que je veux  sélectionner et livrer à l’espace public, et qui ne peuvent exprimer en fait qui je suis en vérité au-delà de l’image extérieure.

Dans un tel contexte, le Dimanche de l’Orthodoxie, dimanche de la communion des saintes icônes, est plus qu’actuel, dans la mesure où l’icône sainte renvoie à une personne sainte éternellement vivante. Seulement par le prisme de l’icône sainte, l’image ou la civilisation du visuel peut être libérée de l’autosuffisance, du narcissisme et du matérialisme opaque. Dans la mesure où l’enjeu véritable de l’icône est, non pas que nous la voyons, pour la transformer en un objet de contemplation esthétique, mais qu’elle nous aide à vivre en présence de Dieu et des saints, nous voulons être vus, écoutés et aimés du Dieu éternel et de tous les saints de Dieu, et non seulement des hommes qui passent et qui changent.

D’un autre côté, quand nous voyons l’homme qui est à côté de nous comme une icône ou une image de Dieu, nous ne pouvons plus nous permettre l’immaturité spirituelle de le calomnier, de le mépriser, de le discréditer, de le juger, et nous l’aimons avec l’espoir de guérir son âme, comme le Christ nous a aimés, de façon unique et totale, sur la Croix, et nous a donné part à la gloire de sa résurrection. Seule une telle perspective nous aidera à comprendre que l’icône „sanctifie les temps et les lieux; d’un logement, elle fait une église; de la vie intérieure du fidèle, une vie en état permanent de prière, de liturgie intériorisée et ininterrompue” (11).

Chrétiens orthodoxes,

Comme vous le savez, il est devenu une tradition d’entraide constante à partir de ce premier dimanche de Carême, Dimanche de l’Orthodoxie, d’organiser une collecte pour le Fonds Missionnaire Central afin de soutenir les projets pastoraux, missionnaires et philanthropiques de l’Église Orthodoxe Roumaine. Aussi, nous vous invitons de tout notre cœur à donner, chacun „comme il estime en son cœur, non de mauvaise grâce ou par contrainte, car Dieu aime celui qui donne de bon cœur” (2 Co. 9, 7). Vous soutiendrez par votre obole l’œuvre missionnaire de paroisses isolées où vivent surtout des personnes âgées, de monastères pauvres et de diocèses du Pays et de l’Étranger, dont les possibilité financières sont précaires, qui ont besoin de lieux de culte pour garder l’identité de leur foi et de leur peuple: de cette façon, comme nous le dit le saint apôtre Paul, „nous pourrons, nous aussi, offrir une consolation à ceux qui se trouvent dans la nécessité”( 2 Cor 1, 4).

Nous remercions le Seigneur pour tous les bienfaits qu’Il répand sur nous et nous le prions qu’Il nous donne de suivre le carême des saintes Pâques comme une ascension spirituelle vers l’union au Christ crucifié et ressuscité. En conclusion, nous faisons nôtre cet appel du saint apôtre Paul: „Frères, réjouissez-vous! Travaillez à votre perfectionnement! Encouragez-vous mutuellement, soyez bien d’accord, vivez en paix et le Dieu d’amour et de paix sera avec vous!” (2 Cor 13, 11-13).

Le président du Saint-Synode de l’Église Orthodoxe Roumaine

Daniel, 

Patriarche de l’Église Orthodoxe Roumaine

15 Mars 2019

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