LETTRE PASTORALE POUR LA PAQUES 2020

LA MORT ET LA RÉSURRECTION DU CHRIST – L’HYMNE DE L’AMOUR DE DIEU POUR L’HOMME

 Télécharger ici LA LETTRE PASTORALE POUR LA PAQUES 2020

 

LA MORT ET LA RÉSURRECTION DU CHRIST – L’HYMNE DE L’AMOUR DE DIEU POUR L’HOMME

 

 

 

à tout le clergé, aux moines

et au peuple orthodoxe

de tout l’archevêché

 

Dans le Ressuscité, dans son Corps glorifié, dans l’ouverture même de ses plaies, ce n’est plus la mort qui règne mais l’Esprit, le Souffle de vie. Et la croix de victoire et de la lumière, à laquelle nous conforme notre baptême, peut désormais transformer en mort-résurrection, en « pâque », en « passage » vers l’éternité, la situation la plus désespérée.

 

Révérends Pères,

Révérendes Sœurs,

Frères et sœurs bien-aimés,

Le Christ est ressuscité !

 

La grande et singulière fête de la Résurrection de Jésus Christ notre Seigneur et Dieu, la Fête de toutes les fêtes, nous fait exulter de joie et d’allégresse. Par la Résurrection, le sens de notre vie à tous a changé. Même si nous traversons des temps très éprouvants, en raison de la pandémie, nous nous retrouvons aujourd’hui inondés de l’amour vivant de Celui qui a tout laissé pour nous guérir de la mort. Et en cela le Seigneur a accompli la volonté du Père céleste, comme Il nous le révèle dans l’Évangile de Saint Jean.

Avant de se laisser entre les mains de ceux qui Lui feront souffrir la Passion, les crachats, les soufflets, la flagellation, les insultes, les moqueries, la Croix et la mort, le Seigneur apprend à ses Disciples comment vivre. Or le lien de cette unité entre Lui et eux, Il le révèle être comme entre Lui et le Père céleste. Ce lien c’est l’amour ! À aucun moment le Seigneur n’a parlé de l’amour autant qu’Il en a parlé à ses Disciples dans les derniers moments de sa vie qu’Il passa avec eux.

Je vous donne un commandement nouveau : aimez-vous les uns les autres. Comme Je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres. À ceci tous vous reconnaîtront pour mes disciples : à cet amour que vous aurez les uns pour les autres. (Jn 13, 34-35)

Voilà que le Seigneur laisse un signe clair de cette unité entre les Disciples et Dieu – entre eux-mêmes et Lui et entre Lui et le Père : l’amour. Il ne leur dit pas de s’aimer d’un amour quelconque, mais de l’amour dont Moi Je vous ai aimés. Il leur dit cela alors qu’eux ne savaient pas encore de quel amour Il les avait aimés, puisqu’Il n’était pas entré dans le tourbillon de la méchanceté humaine qui voulait Le faire disparaître sous la terre.

Celui qui a mes commandements et qui les garde, voilà celui qui M’aime ; et celui qui M’aime sera aimé de mon Père ; Je l’aimerai et Je me ferai connaître à lui !... Si quelqu’un M’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera, et Nous ferons chez lui notre demeure. (Jn 14, 21-23)

Dieu met ici une condition primordiale pour venir en nous : Il ne peut pas se montrer à quelqu’un qui ne L’aime pas. Parce qu’on ne peut pas aimer de force : l’amour par obligation n’est pas de l’amour. Or Il ne se contente pas de se montrer à celui qui L’aime, comme nous en assure le Christ, mais à celui-ci se montre aussi le Père. Dieu se fait comprendre et se révèle à celui qui L’aime. Et plus encore : Nous viendrons et ferons chez lui notre demeure. C’est ainsi que par amour Dieu déplace le Ciel pour l’établir en nous. Que pourrions-nous alors faire d’autre qu’aimer, sachant que Dieu transforme en ciel l’âme qui aime ? Pourtant, nous essayons toujours de chercher Dieu quelque part au loin, dans le ciel, dans un lieu précis où nous penserions devoir Le trouver, nous pensons devoir creuser, écarter des montagnes, or ce creusage et ces montagnes à écarter ne se trouvent nulle part ailleurs que dans notre cœur, en nous-même. S’il y a une lutte à mener, c’est la lutte pour aimer le Christ.

Comme le Père M’a aimé, Moi aussi Je vous ai aimés ; demeurez en mon amour (Jn 15, 9).

Quel mystère ! Voilà qu’ici Jésus, le Fils de Dieu, révèle le type de relation qu’il y a entre Lui et le Père, ce qui se passe au sein de la Sainte Trinité. Voilà que cette relation entre Dieu le Père et le Fils et entre le Père, le Fils et le Saint-Esprit est une relation éternelle, d’amour sans fin. On est ici dans le domaine de la révélation, il s’agit en effet de l’enseignement le plus inattendu, qui n’avait jamais été auparavant fait à l’homme : Dieu parle de Lui-même, et de la relation d’amour qu’il y a en Lui-même. Mais de quel amour le Christ remplie-t-Il la terre ? De la mort sur la Croix. De quel amour nous imprègne-t-Il ? De celui qui prend sur lui notre péché, qui est souffleté, flagellé, insulté, couronné d’épines, mains et pieds cloués et le flanc transpercé d’une lance.

Dieu a tant aimé le monde qu’Il a donné son Fils unique-engendré, afin que quiconque croit en Lui ne périsse mais ait la vie éternelle (Jn 3, 16).

Quel type d’amour est-ce là ? Quelle infusion d’amour Dieu opère-t-Il dans l’humanité en donnant Son propre Fils ? Dieu envoie le Verbe qui révèle Sa volonté, mais à la fin le Christ-Verbe ne dit plus rien. Devant Pilate et Caïphe Il garde le silence. Devant le peuple qui criait Crucifiez-Le ! Crucifiez-Le ! Il garde également le silence. Mais quelle infusion d’amour, quelle injection ou vaccin d’amour Dieu introduit-Il dans notre sang et dans notre chair : le propre Sang et la propre Chair de son Fils, déifiés par Son Incarnation et Sa Résurrection. Nous repensons alors à la figure d’Abraham qui, lorsque son amour et son obéissance à Dieu furent mis à l’épreuve, accepta de sacrifier son propre fils. Abraham de fait préfigurait par son sacrifice celui que fera Dieu le Père pour nous. Or si le Père donne pour nous Celui qu’Il aime à tel point de toute éternité et jusque dans les siècles, alors comment nous aime-t-Il ? Nous réalisons subitement, durant la Passion, la Crucifixion et la Résurrection du Christ, que nous sommes portés dans le mystère de l’amour de Dieu pour l’homme sans même nous rendre compte un seul instant de son ampleur. Aveugles, nous prétendons demeurer dans l’amour du Christ, alors que de fait nous tâtonnons obscurément. Le Seigneur nous dit : Demeurez en Mon amour. Il nous exhorte ainsi à rester en Lui avec la confiance immuable que Son amour ne nous ment jamais, cet amour que nous retrouvons dans Son sacrifice qui n’est autre que Lui-même. Il ne nous donne rien qui Lui soit extérieur, mais Il se donne Lui-même.

Si vous gardez mes commandements, vous demeurerez en mon amour, comme Moi J’ai gardé les commandements de mon Père et Je demeure en son amour. Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite. (Jn 15, 10-11)

Rien ne procure autant de joie à l’âme que l’amour. Dieu a laissé l’homme créé à Son image ne pas pouvoir trouver la paix tant qu’il n’a pas trouvé l’amour véritable. Depuis le sein maternel, puis les bras paternels, l’amour est ce qui nous apporte la paix, et c’est alors que nous le cherchons toute notre vie, l’inestimable trésor qu’est l’amour. De nos jours nous entendons parler d’amour sans vergogne et en toute circonstance. Et quand réellement nous ressentons ne serait-ce qu’un milligramme d’amour pour quelqu’un et qu’il est réciproque, quelle joie éprouvons-nous dans notre âme ! Je sens sur le coup que l’amour me rend meilleur, bon, rayonnant de joie, lumineux, en ne voyant plus tous les maux des autres, compréhensif envers tous, regardant autrement le monde et tout ce qu’il y a dans le monde, tout est plein de sens puisque l’amour est là, dans mon cœur. On peut comprendre la bonté, la lumière, la patience de Dieu envers nous autrement.  En partant de cela, on peut faire l’exercice de penser à ce qu’est l’amour infini de Dieu pour nous, et quel peut être le regard sur l’homme du « Dieu qui est amour » entièrement, sans faille !  Alors, si nous sentions l’amour infini, éternel, inépuisable et incorruptible de Dieu dans notre âme, à quoi ressemblerions-nous ? Quelle lumière nous habiterait-elle ? Demeurez en mon amour pour que ma joie soit parfaite en vous – nous exhorte le Seigneur. Tandis que nous, chrétiens, nous luttons jour après jour contre la tristesse, l’abattement, la dépression et le désespoir. Nous nous disons chrétiens, mais nous n’avons pas encore commencé à connaître tant soit peu l’amour de Dieu. Efforçons-nous de le demander à Dieu et de le connaître. Lorsque tout notre être s’imprègne de Sa Passion, de Ses souffrances, mais aussi de la joie de la Résurrection, comme Il dit aux Myrrhophores : Réjouissez-vous !, lorsque tout notre être s’imprègne de Son amour, vécu avec nous dans Ses souffrances et Sa Passion, Il nous transporte avec Lui dans Sa Résurrection, dans la Pâque. Nous vivons ainsi de la joie et de l’amour auquel le Christ ressuscité nous a fait prendre part.

 

Frères et sœurs bien-aimés,

Le Christ notre Seigneur a gardé le silence face à ceux qui Le flagellaient, mais le sang qui jaillit de Ses blessures révèle que s’y trouvait tout l’amour du Ciel. Ce sont ce Corps et ce Sang, divinisés, que nous recevons, et dans lesquels se trouve tout Son amour. Ces saints Dons nous envahissent de l’amour divin.

Voici mon commandement : aimez-vous les uns les autres, comme Je vous ai aimés. Il n’est pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. Vous êtes mes amis si vous faites ce que Je vous commande. Je vous appelle mes amis, car tout ce que J’ai appris de mon Père, Je vous l’ai fait connaître. (Jn 15, 12-15).

Voilà qu’à cette heure de révélation du Christ à ses Disciples, nous apprenons la chose la plus merveilleuse qui soit. La chose la plus saisissante et prodigieuse se trouvant sous le soleil nous est révélée par la Croix : c’est là que le Seigneur nous a montré comme Il nous a aimés. C’est-à-dire qu’Il nous montre l’Amour, en nous nommant Ses amis ! La révélation de la relation intime du Dieu Trinité, sa profondeur et sa vérité ne peuvent en fait être découvertes que par la réciprocité, en cherchant à aimer notre prochain et à aimer le Seigneur comme Lui-même nous aimés. Vous êtes mes amis si vous faites ce que Je vous commande (Jn 15, 14). Aimez-vous de l’amour dont Je vous ai aimés. Il nous montre la Croix ! Alors nous n’avons pas d’échappatoire. Lorsque nous nous tiendrons devant Lui, nous nous demanderons nous-mêmes : quel a été Son commandement pour moi ? Et de cette manière nous nous enfouirons nous-même la tête sous terre face à Son amour, nous sentirons toute notre haine, notre manque d’amour, vis-à-vis de Lui, vis-à-vis de ceux dont nous avons croisés la route, ceux qui nous ont porté, ceux qui nous ont éduqué, ceux qui nous ont côtoyé à un moment ou à un autre de notre vie, ceux qui sont entrés dans notre âme, ceux qui en sont sortis ; tous nous les portons en nous, à chaque instant de notre vie. Ainsi, ne cessons jamais de Lui dire : Seigneur, apprends-moi à aimer ! Je ne sais pas aimer, je ne peux pas aimer cette personne, mais Toi Tu peux l’aimer en moi. Montrons-lui les limites de notre amour, notre ignorance, et laissons-nous enseigner par Lui, comme les Apôtres, afin de devenir apôtres de Son amour que ni la mort ni l’enfer n’a pu retenir en ses entrailles. Cet Amour est notre joie de vivre aujourd’hui et dans l’éternité, la joie de l’homme qui retrouve l’entier amour de Dieu le Père et du Saint-Esprit, que nous retrouvons à travers le temps dans l’Église qui est l’accomplissement du mystère de l’Amour trinitaire. Nous chantons, inondés de joie, avec le Dieu glorifié dans la Sainte Trinité, la Mort et la Résurrection de Jésus Christ, cette hymne d’amour de Dieu pour l’homme.  

Frères et sœurs bien-aimés,

Dans cet amour infini du Fils de Dieu nous nous retrouvons en ce jour où nous célébrons Sa Résurrection d’entre les morts, confiants dans le fait que nous ne sommes pas seuls dans nos souffrances de chaque jour, dans nos peines, dans nos peurs, dans notre vie et dans notre mort, mais que le Seigneur ressuscité est avec nous. Confinés dans nos maisons, fuyant un funeste virus qui a tué beaucoup de nos prochains à travers le monde, nous avons suivi ou transmis une grande partie des offices du Grand Carême et l’office de la nuit de Pâques sur nos écrans. Nous avons essayé d’être solidaires avec tous ceux qui sont dans la souffrance, surtout par notre prière, dans le secret de nos cœurs, et également dans les offices célébrés. Pour certains parmi nous qui ont pu le faire, la solidarité a été vécue par la proximité corporelle et immédiate dans les hôpitaux – les médecins, les infirmiers, tout le personnel hospitalier – ou en portant de la nourriture ou autres ravitaillements à ceux qui ne pouvaient ou ne devaient pas sortir de leur maison. Que tous soient remerciés et bénis par Celui qui est ressuscité et qu’Il leur donne la santé afin de poursuivre ce combat terrible contre la maladie engendrée par le virus. Continuons de prier pour eux. 

Nous n’avons pu être ensemble dans nos églises paroissiales que de loin, à travers les écrans. Mais notre amour pour le Seigneur mort et ressuscité ne fait que grandir, en vivant comme jamais auparavant la soif de la parole de Dieu, le désir de communier au Corps et au Sang du Christ et le manque de nos proches. Pardonnons-nous les uns les autres de loin, portons-nous les uns les autres dans nos pensées et dans notre amour. Ne cessons pas de prier et de rester unis dans l’amour qui nous lie au Christ ressuscité et au Dieu glorifié dans la Sainte Trinité, source de notre amour et de notre communion dans l’Église, qui est le Corps du Christ. Essayons impétueusement d’apprendre aux petits et aux jeunes, également par nos actes, ce qu’est l’amour du Christ pour nous. Que le Seigneur nous aide à vivre ces jours de grâce et d’en comprendre d’autant plus que l’Église est un édifice de pierre, mais que ce qui renforce la pierre c’est l’amour du Christ vécu par les pierres vivantes (1P 2,5) de l’Église – les fidèles. « Le temple de Dieu est une maison de prière. L’âme devient donc une maison de prière lorsque le souvenir continuel de Dieu y est célébré ». L’Église, c’est l’amour du Christ pour nous et le nôtre pour Lui, qui viennent en renforcer les murs, elle qui est encore éprouvée aujourd’hui comme elle le fut d’autres fois dans l’histoire, mais qui est toujours protégée par Celui qui est notre Vie et notre résurrection. L’Église est l’accomplissement du mystère de l’Amour trinitaire sur terre.

  

Je vous souhaite à tous une lumineuse et sainte fête de la Résurrection !

Le Christ est ressuscité !     

 

 

† Le Métropolite Joseph

Paris, Pâque 2020 

 

 

 

 

 

 

 

18 Avril 2020

Actualités

Programme des évêques de la MOREOM pour Dimanche 09 août 2020

Célébration de la Divine Liturgie dans le 9ème Dimanche après la Pentecôte (Jésus marche sur les eaux)

» lire la suite

Programme des évêques de la MOREOM pour Dimanche 02 août 2020

8ème Dimanche après la Pentecôte (Multiplication des pains)

» lire la suite

Programme des évêques de la MOREOM pour Dimanche 26 juillet 2020

Programme des évêques de la MOREOM pour Dimanche 26 juillet 2020

» lire la suite

Programme des évêques de la MOREOM pour Dimanche 12 juillet 2020

Célébration de la Divine Liturgie dans le 5ème Dimanche après la Pentecôte (des Saints Pères réunis pour le quatrième Concile Œcuménique a Chalcédoine) – Guérison des démoniaques ; Prière du Seigneur.

» lire la suite

Communiqué de presse

» lire la suite

Programme des évêques de la MOREOM pour Dimanche 05 juillet 2020

Célébration de la Divine Liturgie dans le 4ème Dimanche après la Pentecôte (Guérison du serviteur d’un centurion).

» lire la suite