Lettre Pastorale de S.E. le Métropolite Joseph

Paris, la Nativité du Seigneur 2009

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Lettre Pastorale de Son Eminence le Métropolite Joseph pour la Nativité du Seigneur

La Nativité du Christ – notre Réconciliation avec Dieu

«L’image de Melchisédech s’accomplit maintenant.
Celui qui est sans mère se fait maintenant sans père.
Il a d’abord été sans mère et maintenant se fait sans père.
Les lois de la nature sont brisées.»

(Saint Grégoire le Théologien, Sur la Nativité du Seigneur)

   

    Révérends Pères,
    Chers fidèles,



    Nous vivons aujourd’hui à nouveau, avec tout le monde chrétien, la Nativité du Fils de Dieu, c’est-à-dire « La manifestation de Dieu dans la chair ». La Réconciliation de Dieu avec nous, les hommes, face à face, commence dans la grotte de Bethléem, lorsque Dieu assume la nature frêle, délicate et humble de l’Enfant qui venait de naître et dans Lequel tout le genre humain se retrouve. « Voici que la Vierge concevra et enfantera un fils, et on l’appellera du nom d’Emmanuel, ce qui se traduit : Dieu avec nous. » (Mt 1, 23) Le don de la contemplation de Dieu va passer désormais aussi par nos yeux corporels, par lesquels nous allons voir une autre réalité, la réalité spirituelle, invisible, encore jamais ressentie jusque-là, même si elle était recherchée depuis que nos ancêtres Adam et Eve Lui parlaient face à face. « …L’invisible se fait visible ; l’intouchable peut être désormais touché par la main de l’homme », nous donnant l’amour par Sa main d’enfant humble, dans le sein accueillant de Sa Mère, nous faisant toucher l’éternité de l’amour divin, venu jusqu’à nous, l’Amour que rien ne peut contenir, incarné dans un enfant insignifiant et invisible même pour ceux qui aurait dû le voir, et qui a fait trembler dans Hérode le manque d’amour et la haine du monde entier. « L’ayant appris, le roi Hérode s’émut, et tout Jérusalem avec lui. » (Mt 2, 3)


    L’Amour même prend chair, l’Amour même, dans l’Enfant du Bethléem de Judée, nous reçoit aujourd’hui dans la plus humble demeure du monde, devenue demeure divine et palais plein de Lumière, devenue berceau de notre Salut, joie ineffable du Ciel et de la Terre. « Elle enfanta son fils premier-né, L’enveloppa de langes et Le coucha dans une crèche, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans l’hôtellerie.» (Lc 2, 7) Celui que Moïse n’a pu approcher qu’en regardant Son Ombre, qui passait près de lui, se laisse aujourd’hui réchauffer et abriter par les animaux dépourvus de parole. Il se laisse porter dans les bras de l’amour maternel-humain qui l’a reçu dans l’étonnement et la gloire des armées célestes et angéliques, le Réconciliateur et Artisan Lui-même, pour nous ramener dans les bras paternels-divins dont nous nous sommes éloignés. Voici ce que nous célébrons : l’attente et l’espoir – même si humainement incompréhensibles – du salut, de la Réconciliation avec Dieu – tout ce que néanmoins le Créateur même du Ciel et de la Terre attend et désire d’un désir intarissable, c’est-à-dire la descente du Fils de Dieu auprès de nous, pour nous réconcilier avec le Père. « Nous ne célébrons pas ce qui tient de nous – dit saint Grégoire le Théologien – mais ce qui tient de Celui qui S’est fait nôtre, c’est-à-dire le Maître Jésus Christ ; non pas ce qui tient de la faiblesse, mais ce qui tient de la guérison, non pas ce qui tient de la création, mais ce qui tient de notre renouveau ». Parce que c’est en Lui que nous nous renouvelons, nous devenons en Lui et avec Lui, l’Enfant de la crèche de Bethléem, enfants et fils du Très-Haut, devenu Lui-même Fils de l’Homme, de celui d’ici-bas.


    Car voici, le jour et le monde d’aujourd’hui nous donnent l’impression, et il en est ainsi, que nous ne célébrons pas ce qui tient de Dieu et de Sa Réconciliation avec nous dans l’enfant Jésus, mais ce qui tient de nous, qui est seulement humain et de ce monde. « N’ornons pas avec des guirlandes et des couronnes les piliers de nos portes – dit aussi saint Grégoire le Théologien à ceux de son temps, mais aussi à nous – ne faisons pas de jeux, n’ornons pas les routes, n’enchantons pas nos yeux, ni notre ouïe par des chansons, ne nous laissons pas séduire pas des odeurs […] prenons garde à ces voies faciles qui mènent à la méchanceté et par lesquelles entre le péché […] Tout cela se passe alors que les autres, du même levain que nous, sont affamés et ont tant de besoins […] Nous qui adorons le Verbe (né de la Vierge), même si nous nous délectons de quelque chose, que ce soit dans les paroles, dans la Loi divine, ou dans les saintes histoires relatant cette solennité ; et cela pour que la délectation soit plus convenable et qu’elle ne s’éloigne pas de Celui qui nous a appelés à fêter avec Lui », dont c’est la fête aujourd’hui.


    Chers frères et sœurs dans le Seigneur,

    Je prie le Dieu Bon, Celui qui est adoré au sein de la Trinité, de vous fortifier sur le chemin de la vie de chrétien, sachant bien que nous sommes tous voyageurs et passagers dans cette vie parsemée de souffrances et de joies, de tentations et de réalisations, que vous vivons d’une manière tellement différente les uns par rapport aux autres, et en même temps d’une manière si proche.

    Il y a 20 ans, les roumains ont retrouvé aussi la liberté de vivre leur foi. Nous nous rendons compte que ce n’est pas la liberté qui vient des hommes qui nous empêche de croire, mais celle du péché, qui nous alourdit le chemin. Mais nous avons confiance que sur ce chemin nous ne sommes pas seuls, que S’est joint à nous pour toujours Celui que nous fêtons aujourd’hui comme Enfant né dans la crèche, et qu’Il est notre chemin pour que nous puissions aussi prendre le Sien, le chemin céleste. Nous savons qu’Il nous aime d’un amour au-dessus de tout amour humain et qu’une fois que nous Le désirons, L’attendons et Le cherchons, Il nous amène la purification de l’âme et du corps, dans lesquels Il entre comme dans une crèche accueillante, les sanctifiant et leur redonnant « la ressemblance à l’image divine».

    Que le Christ né dans la crèche vous bénisse tous, petits et grands, âgés et plus jeunes, vous fortifiant dans toutes sortes d’épreuves et vous apportant dans l’âme la réconciliation.
Que la Nouvelle Année vous soit à tous un temps de paix et de bénédiction divine, n’oubliant pas que le temps se sanctifie par la prière et les bonnes actions, qui guident son écoulement vers la vie et la joie éternelles.
     

    Votre archevêque qui vous bénit,



    † Le Métropolite Joseph


    Paris, La Nativité du Seigneur 2009

22 Décembre 2009

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