Lettre pastorale du Saint-Synode de l'Eglise Orthodoxe Roumaine pour le dimanche de l'orthodoxie


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 LETTRE PASTORALE

DU SAINT-SYNODE DE L’EGLISE ORTHODOXE ROUMAINE 

POUR LE DIMANCHE DE L’ORTHODOXIE DE L’AN DU SEIGNEUR 2012

Au clergé bien-aimé, à la communauté monastique 
et aux fidèles orthodoxes du Patriarcat roumain

Grâce, miséricorde et paix de la part de Dieu le Père, du Fils et du saint Esprit,
 et, de notre part, bénédiction pontificale !


Très Révérends et Révérends Pères, bien-aimés fidèles,

La fête de ce jour, inscrite au calendrier sous le nom de Dimanche de l’Orthodoxie, a été fixée sous cette forme il y a 1169 ans quand, le 11 mars 843, a été rétablie sur ses fondements la vénération des saintes icônes. Le Dimanche de l’Orthodoxie, célébré depuis lors le premier dimanche du grand Carême, est le couronnement des luttes et des sacrifices supportés par les chrétiens pour la défense des saintes icônes, à l’époque des persécutions de l’empereur Léon II l’Isaurien et de ses successeurs (730-787 – première période iconoclaste et 813-843 – deuxième période iconoclaste). A cette époque des milliers d’icônes furent arrachées, non seulement des murs des églises, mais également des maisons des chrétiens orthodoxes; elles furent brisées, humiliées et brûlées sur les places publiques. Et les défenseurs des saintes icônes furent emprisonnés, torturés, tués ou brûlés vifs, souffrant ainsi pour la vraie foi, qui est fondée sur la vénération des saintes icônes. Les persécuteurs des icônes n’acceptaient pas cette vérité que le Sauveur Jésus est simultanément Dieu et Homme, et ils affirmaient que la nature humaine a été complètement absorbée par la nature divine. Ils prétendaient que Dieu ne peut être présenté en image, puisqu’Il est un esprit qu’on ne peut voir. 

L’Orthodoxie enseigne toutefois que le Fils de Dieu s’est rendu visible par son visage humain, c’est-à-dire que Jésus Christ est Dieu-Homme. Voilà pourquoi, en dépit de toutes les persécutions et les souffrances auxquelles ils furent soumis, les défenseurs des icônes ne cessèrent de montrer à tous la vérité contenue dans le saint Evangile selon Jean, où il est dit: “Philippe dit à Jésus: Seigneur, montre-nous le Père et cela nous suffit. Jésus lui dit: Depuis si longtemps Je suis avec vous et tu ne me connais pas, Philippe? Celui qui m’a vu a vu le Père” (Jean, 14, 8-9). Par conséquent, d’après le témoignage du saint Evangile, le Dieu invisible s’est rendu visible par son Fils, qui s’est fait Homme, et Il a eu l’image ou le visage d’un homme. Et  si le Fils qui s’est fait Homme est l’image ou l’icône visible du Père céleste (cf. Colossiens 1, 15), alors l’image vue du Fils peut être peinte en icône. Ainsi, dans l’icône du Christ, nous voyons le Dieu-Homme, le Fils de Dieu incarné. En ce sens, l’icône a comme fondement principal l’Incarnation du Fils de Dieu, à l’image de qui a été fait le premier être humain (Genèse, 1, 26). Cette vérité est interprétée en mots simples par Père Cléopas Ilie, qui nous dit que Dieu peut être peint en icônes, parce qu’Il s’est montré aux hommes de façon visible et a parlé avec des mots intelligibles pour eux: l’icône devient image de Dieu, dans la mesure où la Trinité tout entière s’est montrée aux hommes. La parole du Père s’est faite entendre au Baptême du Fils ainsi qu’à sa Transfiguration; le Verbe de Dieu s’est incarné et ainsi ont pu le voir ses disciples, c’est-à-dire les saints apôtres, ainsi que le premier martyr Etienne, et l’Esprit saint a été vu en l’image des langues de feu dans sa Descente sur les disciples. 1.

Au long des siècles, les Pères de l’Eglise nous ont enseigné que, en vénérant l’icône, nous nous prosternons, non pas devant sa matière, c’est-à-dire le bois ou la couleur, mais devant la personne qu’elle montre. L’icône devient sainte autant par la sainteté de l’image qui y est peinte, que par la consécration que le prêtre accomplit par la grâce de l’Esprit saint. Les saints Pères parlent des icônes avec éloge, en montrant que nous nous prosternons et nous adorons, non devant la matière dont sont faites les icônes, mais devant ce qui est figuré par elles, c’est-à-dire la puissance de l’Esprit saint; que [...] la vénération accordée à l’icône va à celui qui est peint sur elle; que [...] la peinture silencieuse parle depuis les murs, en faisant beaucoup de bien; et encore [...] nous les chrétiens, donnant de lèvres charnelles un baiser à l’image du Christ, de l’apôtre ou du martyr, avec notre âme et notre pensée nous saluons le Christ et ses saints. En ce sens, les décisions du septième Concile oecuménique de 787, devenues obligatoires pour notre vie chrétienne, attestent la descente du Fils de Dieu parmi les hommes, afin d’élever les hommes à la vie divine; et le sens de l’icône consiste à pneumatiser l’homme et à sanctifier la matière. Par conséquent, peuvent être peintes des icônes matérielles de celui qui s’est fait Homme et porteur d’un corps matériel. Par cela, Dieu nous a montré que la matière peut être sanctifiée et transfigurée, c’est-à-dire unie à Dieu par grâce. Le Christ a divinisé la matière de son corps, la rendant porteuse de l’Esprit. Par conséquent, si le corps peut devenir la demeure de l’Esprit, de la même façon également le bois ou la couleur de l’icône peuvent être porteurs de la grâce du saint Esprit. 

Quand le patriarche Méthode de Constantinople et l’impératrice Théodora décidèrent de choisir le premier dimanche du Carême des saintes Pâques comme jour de fête des chrétiens orthodoxes vainqueurs des ennemis des icônes, ils l’appelèrent Dimanche de l’Orthodoxie, comme fête patronale de l’Eglise et couronne de la victoire de la vraie foi sur les hérésies. Ce moment est décrit de façon inspirée également par Père Dumitru Stãniloae, quand il affirme: le Dimanche de l’Orthodoxie est le septième jour de l’Eglise, son repos festif après la victoire sur le chaos spirituel, par l’établissement des fondements véritables de l’existence humaine. Le Dimanche de l’Orthodoxie est ainsi, chaque année, la fête de la vraie foi dans sa catholicité, la fête de la victoire de la vérité révélée sur les déformations mensongères de l’être humain. C’est pour cela que, le Dimanche de l’Orthodoxie, on lit également la liste de tous les hérétiques et l’on prononce des anathèmes à leur encontre.

Chers fidèles,

L’icône de Jésus Christ nous révèle la présence visible du Dieu invisible, la manifestation du corps incorruptible du Dieu incorruptible, c’est-à-dire ce qui est visible de sa Personne divino humaine. D’autre part, dans l’icône du Christ nous reconnaissons l’appel des hommes à la sainteté, à la ressemblance à Dieu – le Créateur du ciel et de la terre, qui, en créant l’homme, a dit: “Faisons l’homme à notre image et selon notre ressemblance” (Genèse 1, 26). Le Créateur dit faisons l’homme à notre image et selon notre ressemblance. Or, ce verbe, utilisé au pluriel, nous montre que, en créant l’homme, le Fils ou Verbe de Dieu était avec le Père et avec l’Esprit. Par conséquent, l’homme a été créé à l’image de la sainte Trinité, et le Fils de Dieu se fait homme, pour donner à l’homme la grâce de l’affiliation et de la divinisation, en même temps que la guérison du péché et de la mort qui l’affectent. En ce sens, saint Maxime le Confesseur dit que, “de même que le Christ était selon la nature homme sans péché, ayant un corps et une âme, de même nous aussi, qui avons mis notre foi en lui et nous sommes spirituellement revêtus de lui, nous pouvons être en lui, par libre volonté, exempts de péché”..

Dans l’icône d’un être humain saint est peint son corps pneumatisé et devenu incorruptible, comme l’est le corps glorieux du Christ, puisque le corps d’un saint participe aux arrhes de l’état du corps pneumatisé que recevra l’homme lors de la résurrection des justes. Le saint apôtre Paul nous dit dans la première épître aux Corinthiens: “Le corps est semé corruptible, il ressuscite incorruptible. Il est semé sans honneur, il resssuscite en gloire. Il est semé dans la faiblesse, il ressuscite dans la puissance. Il est semé corps naturel, il ressuscite corps pneumatique. [...] et comme nous avons porté l’image de l’être terrestre, nous porterons également l’image du Céleste. [...] Car il faut que ce corps corruptible revête l’incorruptibilité: que ce corps mortel revête l’immortalité” (1 Corinthiens 15, 42-44, 49, 53). Par conséquent, l’icône nous présente, en même temps, la mémoire de la vie du saint historique, et les arrhes de la vie du saint dans le Royaume des cieux.

Le théologien orthodoxe Léonid Ouspensky, parlant des saints et des icônes, montre que “la force qui ressuscite les saints après la mort est l’Esprit saint, qui, au cours de leur vie terrestre, s’empare non seulement de leur âme, mais de leur corps. C’est pourquoi nous disons que l’icône transmet non l’image de tous les jours et banale de l’homme, mais l’image glorieuse et éternelle”. De fait, la raison-même d’être de l’icône est qu’elle montre au monde les héritiers de l’incorruptibilité,  c’est-à-dire les héritiers du Royaume de Dieu, qu’ils recherchent et goûtent à l’avance dès le temps de leur vie terrestre. L’icône présente l’image de l’homme en qui demeure la grâce de Dieu, qui vainc les passions et sanctifie l’homme entier, âme et corps. Pour sa part, saint Irénée de Lyons attire l’attention sur le fait que “le fruit de l’oeuvre de l’Esprit saint en l’homme est le salut du corps. Car ¬– se demande-t-il – quel peut être le fruit visible de l’Esprit invisible, si ce n’est de rendre le corps adulte et apte à recevoir l’incorruptibilité?” Par conséquent, l’acquisition de la sainteté par la synergie de l’homme avec la grâce de l’Esprit saint est le but de la vie chrétienne. En ce sens, les icônes des saints nous montrent que l’acquisition de la sainteté est possible en tout temps et en tout lieu, si l’homme aime Dieu et recherche sa sainteté.

 

Chrétiens confesseurs de la vraie foi,

Considérant cela et méditant sur le sens spirituel des saintes icônes, qui nous appelle à la sainteté, particulièrement en ce Dimanche de l’Orthodoxie, nous nous réjouissons de ce que les hérésies aient été vaincues par la vraie foi, c’est-à-dire l’amour de Dieu pour les hommes manifesté en Jésus Christ. Les saints qui sont peints dans les icônes sont pour nous des maîtres et des amis secourables. Des maîtres, parce que, lorsque nous voyons leur image et que nous entendons ce qui est dit de leur vie, nous apprenons beaucoupe au sujet de leur foi vivante et nous nous renforçons dans notre propre foi. Quels que soient les maheurs, les épreuves et les tentations qu’ils ont vécus, ils sont toutefois demeurés fidèles au Christ! En voyant l’exemple et l’image lumineuse des saints, nous sommes à notre tour encouragés quand nous traversons des épreuves et des malheurs. Mais les saints ne sont pas seulement pour nous des modèles : ils sont également nos intercesseurs. Ils prient pour nous et avec nous pour notre Salut. C’est pourquoi, nous devons les vénérer continuellement, et non seulement quand nous avons besoin de leur aide. 

De même que nous rencontrons le Christ quand nous prions avec foi et piété devant son icône, de même nous pouvons sacramentellement rencontrer le Christ quand nous aidons nos semblables qui ont besoin de notre aide (cf. Matthieu 25, 35-36). Par conséquent, il nous faut être très attentifs aux maheurs de nos semblables, à leurs besoins, afin de nous aider les uns les autres, et devenir les uns pour les autres de nouvelles icônes vivantes de l’amour sacrificiel du Christ, ainsi que nous le demandons dans toute célébration de la sainte liturgie en disant: offrons-nous, nous-mêmes, et les uns les autres, et toute notre vie, au Christ notre Dieu! Si dans la prière nous avons de l’amour pour Dieu, il convient que nous aimions, par des oeuvres de bien, également son image sacramentellement présente en chaque homme. Si nous reconnaissons que la vie et la santé sont des dons de Dieu,  il faut alors que nous remercions Dieu pour ses dons et ses bienfaits, en offrant à notre tour, du peu ou du surplus de ce que nous avons, à nos semblables qui se trouvent dans le besoin ou dans la souffrance. La foi en Dieu et l’amour du prochain représentent les deux avirons qui aident notre âme à avancer sur la surface des eaux de la vie spirituelle en direction des souffrances des hommes qui se débattent dans le besoin. Il ne peut exister de vraie foi sans amour miséricordieux, ni d’amour miséricordieux sans foi vivante – disait le patriarche Justinien Marina de bienheureuse mémoire: c’est celui-ci qui a établi que le Dimanche de l’Orthodoxie soit le jour on l’on fait une collecte pour alimenter le Fonds Missionnaire Central, fonds consacré à l’oeuvre missionnaire de l’Eglise et à l’assistance de ceux qui se trouvent dans le besoin et la souffrance. 

La crise spirituelle et la crise économique de notre temps représentent des pierres d’achoppement et des épreuves pour un très grand nombreux de nos semblables. Nous voyons de plus en plus de pauvres, de vieillards, d’orphelins, de veuves, d’enfants abandonnés, de familles démembrées qui cherchent de l’aide et mettent leur espoir dans l’Eglise. Comme nous nous comportons avec le prochain, ainsi Dieu se comportera avec nous – disait saint Jean Chrysostome, interprétant l’évangile du redoutable Jugement. C’est pourquoi – dit-il – cherche la miséricorde de Dieu par la charité à l’égard des pauvres, car sans charité tu ne peux entrer dans le Royaume des cieux. Par la charité, nous prouvons que nous sommes un seul corps, nous ressentons l’unité, la communion, nous dépassons ce que d’habitude nous accordons seulement à nos frères, à nos parents, nos voisins, et nous accédons à la transformation de tous en parents spirituels. Avec ces paroles de saint Jean Chrysostome, nous nous adressons à vous, Frères, vous demandant et vous exhortant à contribuer, chacun suivant ses possibilités et suivant son coeur, à la collecte pour le Fonds Missionnaire Central, si utile à nos semblables qui mettent leur espoir dans notre amour et notre aide : les dons et les bienfaits divins dont nous jouissons, nous devons pourtant les partager avec eux. Quand vous offrez une pièce du peu ou du surplus que vous avez, ayez à l’esprit les paroles du saint apôtre Paul qui dit: “Dieu aime celui qui donne de bon coeur” ( 2 Corinthiens 9, 7).

Nous vous remercions tous pour la générosité que vous montrez chaque année; nous vous souhaitons beaucoup de fruits sur le parcours spirituel du Carême des saintes Pâques, et nous prions Dieu de vous bénir:

Que la grâce de notre Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu le Père, et la communion du saint Esprit soient avec vous tous: Amen! ( 2 Corinthiens 13, 13),

LE SAINT-SYNODE DE L’EGLISE ORTHODOXE ROUMAINE

28 Février 2012

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