Lettre pastorale du Saint-Synode de l'Eglise Orthodoxe Roumaine pour le dimanche de l'orthodoxie - 09 mars 2014

La vénération des saintes icônes, par la prière et les oeuvres de bien

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Lettre pastorale du Saint-Synode de l’Eglise orthodoxe roumaine,

Dimanche de l’Orthodoxie de l’an de grâce du Seigneur 2014

La vénération des saintes icônes, par la prière et les oeuvres de bien

A la sainte Communauté monastique, au révérend Clergé

et aux fidèles bien aimés du Patriarcat roumain;

Grâce, miséricorde et paix de la part de Dieu Père, Fils et saint Esprit

et, de la nôtre, bénédiction paternelle

 

 

 

 

Révérends Pères, bien-aimés fidèles

 

 

Le premier dimanche de l’ascension spirituelle vers la fête de la Résurrection du Seigneur, que nous célébrons aujourd’hui avec grande joie et profit spirituel, est le jour où les saints Pères ont rétabli, de façon définitive, la vénération des saintes icônes dans l’Eglise du Christ; c’est le jour où fut proclamée la victoire de la vraie foi sur le flot d’hérésies qui s’étaient abattu sur elle, pendant cinq siècles.

 

La décision selon laquelle le premier dimanche du saint Carême de Pâques serait appelé Dimanche de l’Orthodoxie et que, à cette occasion, seraient vénérés tous ceux qui, par la parole et par l’action, ont protégé la vraie foi, a été prise en 843, au synode de Constantinople. Cet acte spirituel fut préparé dès l’an 787, quand les saints Pères du 7ème Concile oecuménique de Nicée justifièrent et proclamèrent la vénération des saintes icônes, comme manifestation de la foi orthodoxe.

 

La victoire de l’Eglise chrétienne sur l’iconoclasme, c’est-à-dire sur ceux qui rejetaient les saintes icônes, signifie le retour des icônes dans le lieu qui convient à leur vénération, dans les églises, dans les maisons et dans l’âme des fidèles; elle signifie également un rétablissement de la vie spirituelle des fidèles sur la voie véritable, avec le Christ, qui est la Voie, la Vérité et la Vie (Jean 14, 6).

 

Le synode de Constantinople de 843 réaffirmait la vérité de foi définie par le 7ème Concile oecuménique en ce qui concerne le lien entre l’icône et la personne représentée sur elle, ainsi que la différence entre adoration – qui ne convient qu’à Dieu – et vénération – qui convient aux saints et aux saintes icônes: Car si les saints sont fréquemment vus peints sur les icônes, ils seront d’autant plus vivants pour ceux qui les voient, ravivant la mémoire et l’amour pour leur prototype; les croyants les embrasseront et leur accorderont la vénération qui convient, mais non une pleine adoration, qui selon notre foi convient seulement à l’être divin; ils leur apporteront la vénération seulement de la façon dont ont le fait pour l’image de la sainte et vivifiante Croix, des saints évangiles, et des autres objets conscrés, en leur offrant de l’encens et des cierges, comme c’était la coutume dans les temps anciens. Car la vénération offerte à l’icône passe à son prototype et celui qui s’incline devant l’icône s’incline devant la personne peinte sur elle. De la sorte on renforcera l’enseignement de nos saints Pères, c’est-à-dire la norme de l’Eglise universelle, qui d’une extrémité à l’autre du monde a reçu l’Evangile”. (Fragment de la Décision du 7èle Concile oecuménique)

 

De même, on réaffirme dans ce synode la vérité de foi en ce qui concerne l’Incarnation du Fils de Dieu, son assomption de la nature humaine et l’union de celle-ci à la nature divine, dans la Personne du Sauveur Jésus Christ, raison pour laquelle la sainte vierge Marie est appelée à juste titre Mère de Dieu. On réaffirme l’importance du Sacrifice salutaire du Fils de Dieu, en tant qu’amour humble et miséricordieux, par lequel a été et est restaurée l’icône ou l’image de Dieu en l’homme; simultanément, on met en évidence la nécessité de la synergie de l’homme avec la grâce divine, afin d’atteindre la ressemblance avec Dieu, ainsi que l’on fait les saints au long des siècles. Toutes ces vérités peuvent être montrées dans et par l’icône.

 

Ce qui précède explique pourquoi, le premier dimanche du carême des saintes Pâques, on mentionne, pour éternelle mémoire et comme exemple à suivre, tous ceux qui ont défendu la vraie foi devant les hérésies et qui ont promu la vénération des saintes icônes.

 

La victoire de l’Orthodoxie au premier millénaire chrétien est un exemple à suivre dans notre prore lutte pour la victoire sur les hérésies et les égarement de notre temps.

 

Le rétablissemet du culte des saintes icônes a été possible parce que le Christ, Tête de l’Eglise (cf. Colossiens 1, 18), acompagne et protège en permanence ceux qui confessent la vraie foi, comme Il en témoigne Lui-même: „voici que Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde” (Matthieu 28, 20). L’Eglise du Christ „qu’Il s’est acquise par son propre Sang” (Actes 20; 28) est son Corps sacramentel; Il est, Lui, l’image ou l’icône du Père, selon l’enseignement du grand Apôtre des nations:”Il est l’image du Dieu invisible, engendré avant toute créature” (Colossiens 1, 15).

 

Par conséquent, le fondement de l’icône et de sa vénération est en Personne Dieu le Fils, comme en témoigne saint Jean Damascène: „L’icône vivante, naturelle et en tout ressemblante au Dieu invisible est le Fils, qui porte intégralement le Père en lui-même, puisqu’Il lui est ressemblant en tout, se distinguant toutefois par le fait qu’Il a une source” (saint Jean Damascène, Les trois traités contre les iconoclastes), c’est-à-dire engendré du Père.

 

Nous lisons dans la sainte Ecriture que l’homme fut créé par Dieu à son image (cf. Genèse 1, 27), c’est-à-dire que le Fils est l’image de Dieu, et l’homme a été créé à son image. Mais, à la différence du Fils de Dieu, qui est parfaitement ressemblant au Père, Adam devait atteindre la ressemblance avec Dieu, par une permanente obéissance à Dieu et l’accomplissement de sa volonté. Dans la mesure où le premier Adam est tombé dans le péché de désobéissance à Dieu, la Source de la vie, il est devenu corruptible et mortel, et, par la nature humaine héritée d’Adam, tout le genre humain est devenu pécheur et mortel. Pour relever Adam de la corruption et de la mort, le Fils de Dieu est devenu homme et, par l’obéissance parfaite à Dieu le Père, par sa mort et sa résurrection, Il a gratifié le monde du Salut et de la vie éternelle.

 

Par son Incarnation, qui contient en elle-même, éternellement, le mystère du Sacrifice sur la Croix, dans une pleine obéissance, le Fils de Dieu restaure l’icône-image de Dieu dans l’homme, et Il donne à l’homme la grâce de l’adoption et de la ressemblance à Dieu.Ceux qui ont fait fructifier en eux-mêmes cette grâce sont les saints de l’Eglise. C’est pourquoi, quand nous vénérons les saints, nous vénérons la grâce de Dieu agissant dans ses saints, conformément aux paroles du Psalmiste: „Dieu est glorifié parmi ses saints” (Psaume 67, 36).

 

Par conséquent, l’argument princial en faveur de la peinture et de la vénération des saintes icônes se trouve dans l’Incarnation même du Fils de Dieu. A ceux qui soutiennent que la vénération des saintes icônes seraient une transgression du deuxième commandement du Décalogue, nous répondons que le peuple hébreu a eu l’interdiction de faire des icônes en raison de sa tendance fréquente à l’idolâtrie, mais surtout parce que, à l’époque, le Fils de Dieu n’avait pas encore pris l’image humaine, c’est-à-dire ne s’était pas incarné. Pourtant, même dans l’Ancien Testament, Dieu commanda à Moïse de faire des images des chérubins, pour orner l’arche contenant les tables de la Loi ainsi que les montants  de la tente, nécessaires au service du culte divin (cf. Exode 25, 18-22; 36, 5; 37, 7-9).

 

 

Bien aimés Frères et Soeurs dans le Seigneur,

 

Dans notre lutte pour le Salut nous avons comme orants et intercesseurs la Mère de Dieu, les saints anges, tous les saints prophètes, les apôtres, les évangélistes, les martyrs, les témoins, les bienheureux, les pieux rois et princes ou les simples fidèles qui ont vécu dans la sainteté. En les vénérant dignement et en fléchissant les genoux devant leur icône, nous prenons des forces devant les tentations qui, surtout dans la période du grand Carême, se dressent contre nous. Dans ce sens, nous avons comme modèle les Quarante saints martyrs de Sébaste en Arménie, vénérés en ce jour du 9 mars: ils ont enduré les souffrances et la mort pour garder sans souillure l’icône du Seigneur à l’intérieur d’eux-mêmes, par le témoignage de la vraie foi. De même, nous avons l’exemple des saints martyrs Brancovan: Constantin Vodà et ses quatre fils, Constantin, Stefan, Matei et le conseiller Ianache, que l’Eglise orthodoxe roumaine fête, cette année, de façon solennelle, à l’occasion du 300ème anniversaire de leur mort en martyrs, à Constantinople, le 15 août 1714.

 

Pour les fidèles confesseurs de la vraie foi, dans l’église et dans les maisons, les saintes icônes ne constituent pas seulement un témoignage de ce que signifie l’art chrétien, mais elles ont, en premier lieu, un rôle sacré ou saint, d’intercession ou de fortification des croyants dans leur communion par la  prière avec Dieu et avec les saints représentés dans les icônes.

 

Nous avons le devoir devénérer les saintes icônes, parce qu’elles rendent Dieu proche de nos âmes, elles nous aident à être contemporains des évènements importants de l’histoire du salut du genre humain, à renouveler le lien spirituel avec la Mère de Dieu et avec les saints, par lesquels Dieu opère de façon miraculeuse (cf.  Psaume 67, 36) ; et elles nous invitent à communier à la sainte Eucharistie comme arrhes du banquet du Royaume des cieux.

 

Nous ne devons pas oublier, par conséquent, que dans l’Eglise nous avons la présence du Christ. Il s’offre en sacrifice pour nous dans chaque célébration de la sainte liturgie. Il attend que nous redevenions son icône, par la sainte communion, en connaissant et en accomplissant par des actes son enseignement: en effet, „les personnes qui communient au saint Corps du Christ et boivent son Sang ont en partage la nature divine, car elles s’unissent à Dieu selon l’hypostase, or les deux natures sont unies selon l’hypostase, de façon inséparable, dans le Corps du Christ auquel nous communions” (7ème Concile oecuménique)

 

Cela, toutefois, sera possible si nous nous repentons de nos péchés, comme le publicain de l’Evangile, dont l’exemple nous a été donné la première semaine du Triode, et si nous nous dirigeons, avec humilité, vers Dieu le Père céleste, comme le Fils prodigue, dont nous avons entendu la parabole la deuxième semaine du Triode, en revenant de la terre lointaine du péché et de la mort; si nous confessons devant le Père céleste nos fautes, par le sacrement de la sainte Confession, en nous rappelant que le péché affaiblit dans l’homme l’amour pour Dieu et pour le prochain et empêche d’acquérir le Salut et la vie éternelle.

 

Et, comme l’année 2014 est également l’Année consacrée à l’Eucharistie (la sainte confession et la sainte communion), il convient d’autant plus que nous nous approchions de ces saints mystères, par un examen attentif de notre conscience devant le père spirituel, et par la communion au Corps et au Sang du Christ Sauveur, sans quoi nous ne pourrions pleinement jouir de la lumière de la Résurrection et et de l’amour de la très sainte Trinité.

 

Chers fils et filles spirituelles,

 

Nous avons le devoir de vénérer les saintes icônes, autant en les embrasssant et en nous prosternant devant elles que par l’amour montré à nos semblables,  où se tient cachée l’image du Christ. En ce sens, nous sommes appelés à montrer notre amour pour les être humains par l’action concrète de l’aumône, en tant qu’expression de la foi agissant par l’amour (cf. Galates 5, 6), et à dévouer notre vie au service de nos semblables qui se trouvent dans la souffrance, le malheur et le besoin, comme l’ont fait les saints de notre Eglise. Ceux-ci ont développé l’image de Dieu en eux-mêmes, atteignant la ressemblance avec le Dieu miséricordieux (cf. Luc 6, 36), par l’aide apportée au prochain, par la foi et par une vie pure.

 

Par conséquent, à côté de l’image ou de l’icône de Dieu en nous-mêmes, des saintes icônes devant lesquelles nous nous inclinons, à l’église et à la maison, il nous reste encore une icône à vénérer: l’icône de l’âme de notre prochain. La configuration de l’image du Christ en nous, pour parvenir au Salut, n’est possible que par la parole sage et l’action juste. Mais l’action juste, c’est-à-dire la mise en pratique de l’Evangile de l’amour miséricordieux, signifie découvrir et reconnaître l’image de Dieu dans nos semblables; faire pour eux ce que le Christ accomplit pour les malades, les pauvres et les affligés à qui Il a fait miséricorde.

 

Or, comme l’Eglise est la barque qui nous conduit au rivage du Salut, et que l’amour a un caractère communautaire, chaque chrétien conscient de son appartenance au Corps mystique du Christ a le devoir de soutenir l’activité pastorale et missionnaire, sociale et philanthropique, culturelle et pédagogique, la construction de nouveaux lieux de culte, là où il n’y en a pas, en participant concrètement à la collecte pour le Fonds Central Missionnaire, qui est organisée chaque année le Dimanche de l’Orthodoxie et les deux dimanches qui suivent dans le grand Carême.

 

Nous sommes convaincus que, comme le Christ a cherché, a relevé et a sauvé l’homme tombé dans l’abîme profond du péché, dont tout seul il n’aurait jamais pu sortir, de même nous aussi, dans ces temps marqués par des besoins matériels, mais surtout par une crise morale, nous avons le devoir de contribuer, suivant nos possibilités, à l’assistance du prochain par l’oeuvre caritative de l’Eglise, puisque dans la seule communion d’amour avec le Christ, vécue par la prière et la solidarité concrète, nous pouvons obtenir un coin de Paradis, c’est-à-dire le Salut.

 

Nous rappelant que c’est, non l’abondance, mais la piécette de la veuve pauvre qui fut le plus appréciée par notre Seigneur Jésus Christ, avec votre don, le Fonds Missionnaire Central soutiendra les nombreuses activités de l’Eglise, développées pour le bien et l’utilité de ses fidèles: l’assistance des gens qui se trouvent dans la souffrance, la construction de lieux de culte dans les paroisses petites et pauvres;la défense et la promotion de la vraie foi; la préservation de l’identité nationale, spirituelle et culturelle des Roumains qui se trouvent loin de leur pays; la promotion de l’enseignement théologique et religieux;  la mise en valeur du patrimoine sacré et de la spiritualité orthodoxe roumaine, etc.

 

Si nous sommes généreux pour aider à l’accomplissement de ces projets, nous aurons part au sentiment de l’icône de Dieu qui est en nous, nous franchirons avec un fructueux espoir les étapes spirituelles du grand Carême, pour être dignes de voir le Seigneur Jésus Christ dans la glorieuse lumière de sa Résurrection.

 

Nous vous embrassons avec amour paternel et nous prions que la grâce de notre Seigneur Jésus Christ, l’amour de Dieu le Père et la commnion du saint Esprit soient avec vous tous: amen!

 

 

Le Saint-Synode de l’Eglise orthodoxe roumaine

7 Mars 2014

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